J'aurais pu choisir pour écrire ce billet d'autres musiques, de Sarah Vaughan à Nina Simone. Mais il me fallait pour cette recette une musique d'accents, de r roulé et de vraies nasales, de "Paris est une blonde" et de mélodies pour ménagères cuisinant.
Pour ménagère fifty, plutôt. Pour ménagère de plats en sauces et de gâteaux avec 6 oeufs et 250 gr de beurre (oui, oui, dans les carnets de recettes de ma grand-mère).

Pour ménagère, uniquement, nul homme en cuisine, sauf les petits garçons autorisés à lécher les plats. Pour ménagère à tabliers à dentelles découvrant les premiers robots ménagers ("Moulinex libère la femme").

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Fort heureusement, ni mari, ni tabliers à dentelle, ni cuisine calorique. Juste une copine à nourrir, un soir de déprime sentimentale (qui a failli virer en déprime culinaire quand elle a appris qu'elle devrait avaler de la joue de boeuf), une lecture drôle d'une recette un peu improbable (mais j'ai congelé un bout de joue, juste pour l'essayer), un fond de vin rouge, une envie de boeuf bourguignon.

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J'ai préféré prendre de la joue de boeuf : c'est un morceau très peu gras, un peu sucré, et qui fond si bien dans les cuissons longues. Et ça fait plaisir au boucher du marché que parmi toutes ces dames s'arrachant les dernières cuisses de lapin et les filets de boeuf à 10h00 on lui commande de la joue de boeuf. Pour la semaine suivante (ce qui rend la recette d'autant plus longue).
Une semaine plus tard, revenir du marché un peu plus surchargé que d'habitude, avec deux grosses joues de boeuf (un boeuf, c'est quand même gros). Les détailler, et faire revenir les morceaux en plusieurs fois (à moins d'avoir une poële géante : la viande a besoin d'air pour griller -pour respirer aussi, mais tout le monde n'est pas obligé de croire au génie des aliments) dans de l'huile d'olive, à feu vif : ne pas remuer tout de suite, laisser griller (sinon la viande rendra de l'eau, ce qui sera un peu moins bon). Réserver une partie pour le congélateur, si vous n'avez pas un régiment à nourrir sous la main.
Remettre dans une sauteuse (ou une cocotte) la viande, ajouter un ou deux oignons émincés (selon les goûts), une gousse d'ail très finement émincée, quelques branches de céleri, du persil plat émincé (queue et feuille). Laisser cuire (l'oignon doit suer sérieusement)
Ajouter 1/3 de bouteille de vin rouge (le mieux étant un Bourgogne, mais si vous avez un vin bouché, un de ceux que vous gardiez amoureusement et qui est mort avant que vous ne le consommiez, un vin naturel ayant mal tourné, c'est génial : le goût bouchonné disparaît complètement à la cuisson). Une feuille de laurier, une tomate finement émincée (comme ça n'est presque plus la saison, disons plutôt un peu de concentré de tomate, on en trouve des pas mal, à ce qu'il paraît), du gros sel, quelques tours de poivre. Laisser cuire. L'idéal étant de faire une première cuisson un jour (une heure, une heure et demi), puis de laisser refroidir sur un coin de fenêtre, et de recuire le lendemain (une heure encore, au moins).
Accompagner de spätzle ou de bonnes pâtes, et d'un bon vin, un Bourgogne ou un Cabardès, soyons fous, d'une copine. Qui en reprendra, vous verrez.