Une pomme croquée sur le chemin, des pas pressés et un peu tendus par cette première rencontre. Je somnole un peu dans le métro, les stations au nom évocateur (Guillotière, Gorge de Loup) n'attirent pas mon attention. Quelques couples qui se parlent en souriant, un jeune garçon branché sur son lecteur mp3, pas encore conscient de son corps, le dos courbé, les manches un peu tirées sur les mains.
Je suis arrivée en avance, bien sûr. Les mains vides, je n'avais pas pensé, ou je n'avais pas osé. J'ai sonné à la mauvaise porte, d'abord, puis à la bonne. Quelques personnes qui se connaissent déjà, et moi, qui sourit - il vaut mieux sourire dans ces circonstances - et vogue de rayons en rayons dans cette Communauté du goût. Pesto italien et huiles Libellule, des sardines la Belle-Iloise que je connais déjà, de jolies boîtes de biscuits et d'escargots. J'attends le début de ma première réunion Slow Food.
Quelques dégustations, un lard spécial ramené de Turin -forcément-, ce camembert -du dernier vrai producteur de camembert-, des cornichons de la mer de Scarlette Le Corre, des petits sablés sublimes. Du champagne rosé, puis du champagne blanc, et un Cairanne de chez Richaud, ce viticulteur aux yeux bleus dont je garde un souvenir ému. Je suis heureuse, je glisse dans ma poche un bouchon de champagne "pour le chat", pique quelques bonnes adresses, discute de mes origines et des purées maison que me préparait mon Papa quand j'avais deux mois, de la place de la cuisine dans ma vie. Je m'engage un peu dans certains projets. Partie avec le sourire aux lèvres, et la promesse de les revoir, le deuxième mardi du mois prochain.
Dans le métro, un type avec une pizza Domino et la pub pour le fondant tout chocolat, des filles habillées toutes pareilles. De mon sac, une demi-baguette qui dépasse. J'aimerais que ça change.
Sur le pouce, avant la réunion, une salade d'automne, aux navets glaçons, aux noix.

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Il faut pour cette recette une bonne paire de chaussures de marche. A défaut, un casse-noix.
Cuire les navets émincés dans un fond d'eau et une bonne louche (enfin, une louchette) de vinaigre très doux (le Melfor, vinaigre de miel, non content d'être alsacien, est absolument parfait). Réserver au frais quelques jours en vous demandant ce que vous allez en faire. Sinon, il suffit de les refroidir un peu, à la sauvage (les rincer à l'eau froide, mais personne n'aime les douches froides, n'est-ce pas?) ou gentiment. On leur met une petite couverture, et hop, sur le rebord de fenêtre quelques temps. Ces quelques heures seront bien utiles. Prendre 5 belles noix de votre petit producteur préféré, celui que vous avez envie d'embrasser sur les deux joues quand vous le voyez. Celui à qui vous avez failli acheter un faisan, pour le fun (oui, ça n'aurait pas été très malin, je sais aussi). Bref. Poser délicatement les noix sur un papier journal, au sol. Eloigner le chat, le pauvre. Puis marcher sur chaque noix, en mesurant le geste : il faut qu'il reste quelques cerneaux, pour la photos (et bien, loupé, pour ma part). La fin de la recette est trop fastoche. Préparer une vinaigrette douce : vinaigre de miel, sel, poivre tout doux. Un filet de citron. J'aurais bien mis une micro dose de miel, mais le miel est déjà présent dans le Melfor. Si vous n'avez pas de Melfor, je conseille de mettre du miel. Une cuillère de bonne huile d'olive. Ciseler quelques feuilles de persil plat, mélanger délicatement les navets glaçons refroidis (nul jeu de mot) et les noix. Dur labeur.

Photo bonus, sur un fond kitsch, mon chamoureux. Admirez le regard pétillant d'intelligence, l'air vif et aux aguets.

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