Quelque part, l'hiver ne cesse jamais. On entend au travers des bois les rires des lutins espiègles (ou des rares oiseaux  qui préfèrent à la plouc migration vers le Sud une vie d'ermite sage). Tétras-lyres et buses. On attend une bataille de boules de neige, un bonhomme peut-être, au sourire édenté, un peu pervers. Un bonhomme qui vous regarde en coin. Les traces d'animaux serpentant dans les arbres appellent l'humilité du promeneur. Les chamois toisent les hommes, eux qui n'ont de polaire que l'habit, empêtrés de duvets artificiels et de crème solaire.

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On oublie les autres le temps d'un vagabondage. Le temps n'est pas nécessaire pour mesurer le bonheur. Le vent glacial, la neige tous les jours différente : soyeuse ou presque gluante, épaisse ou poudreuse. Le bleu incroyable du ciel, les goûters emmitouflés au soleil. Le café tenu des deux moufles.

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Et le soir, aucun bruit pour troubler le repos. S'arrêter parfois chez l'agriculteur du village. Goûter pieusement à chaque fromage, caresser la tête mignonne d'un veau, d'un cabri curieux. On révise ses AOC dans un élevage de tomes des Bauges, fines et parfumées.
Les étoiles sans la lumière de la ville sont magnifiques, fascinantes. Des ailleurs qu'on ne sait nommer : petites et grandes ourses se perdent joyeusement dans cette ronde étourdissante.

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C'est encore l'hiver à Lyon, aussi. Choux, carottes et pommes, mon marché tristounet du matin voudrait prendre un air de fête. Les anémones de toutes les couleurs se sont ouvertes ce midi dans leur vase, tandis que mijotait un curry de chou frisé, carottes et pommes.

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Pour une personne et demi. Voire deux.
Faire griller à sec une càs de graines de cumin et une càs de graines de coriandre, un clou de girofle.
Ajouter une càs d'huile d'olive, faire suer un oignon émincé, une gousse d'ail finement détaillée (à défaut de presse-ail), un petit morceau de gingembre râpé.
Ajouter trois carottes en julienne, les feuilles d'un tout petit chou frisé (une dizaine de feuilles) en lanières. Faire revenir quelques minutes, ajouter un verre d'eau, une demi càc de pâte de curry rouge, une càc de concentré de tomate, une feuille de laurier, une pincée de sel. Laisser mijoter à feu doux, couvrir.
Au bout d'une dizaine de minutes, ajouter une demi pomme (Chanteclerc : douce, sucrée et acidulée) en morceaux, laisser mijoter un quart d'heure.
La cuisson permet : d'avoir des carottes bien cuites. de ramollir les graines de coriandre qui délivrent leur parfum au hasard des rencontres. de laisser fondre les pommes qui apportent une note acidulée indispensable. d'imprégner le chou de saveurs d'Orient sans qu'il perde en caractère.
Accompagner de riz (ou de naans), d'un thé vert.