Exotisme délicieux des évènements improbables.
Surprendre dans les mains d'un jeune homme au crâne rasé, au jogging bling, à la capuche dorée, un livre de D. W. Winnicott.
Entendre à la radio une lecture, un texte qui semblait écrit pour mes rêves  : La Mer, de Yoko Ogawa, désormais ouvert sur un accoudoir fané.
Reprendre des conversations interrompues il y a deux ans, s'étonner de ce trop long silence.
Oublier instantanément le nom des jolies fleurs achetées sur le marché.
Épier la silhouette féline étonnée de soleil, chassant d'une patte molle les premiers insectes, hardis messagers du printemps.
(ils ne font pas long feu)

Bouffis et kippers sont un autre sujet. De vieux amis, des presque voisins oubliés du grand public.

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Un alignement de harengs gourmands à Boulogne (sur mer). Bien choisis, préparés et fumés  longuement à la main, artisanalement. Une presque famille, d'ouvriers travaillant tôt, de maîtres fumeurs dans une ambiance Germinal. Tutoiements de rigueur. Sourires et gestes concentrés.
J. C. David est un des derniers à résister à l'appel du profit bas de gamme. Les harengs sont soigneusement sélectionnés, les filets levés et épilés minutieusement, embrochés et fumés pendant 24 heures (ça n'existe plus, maintenant).
(J. P Gené l'a encensé dans Le Monde 2, en plus).
J-C David, c'est un peu la Rolex des harengs, je dirais -sauf que sa consommation  en temps de crise est moins scandaleuse, et que ça ne s'enroule pas autour du poignet.

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J'ai déjà raconté que j'aimais bien le hareng. Une autre recette, à manger sur le pouce.

Salade printanière de hareng fumé

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Par personne :
Cuire 20-25 minutes à feu doux trois petites pommes de terre nouvelles. Pendant ce temps, faire mariner une poignée de raisins secs dans une rasade de whisky (le mieux, évidemment, est un whisky bien tourbé de type MacAllan, mais un petit bourbon peu suffire) et un peu d'eau chaude (couvrir pour concentrer les saveurs) et confettiser une petite échalote. Faire mariner l'échalote dans quelques cuillères à café d'un mélange vinaigre de riz-vinaigre de vin-pincée de sel. Débiter quelques radis en menues rondelles, hacher finement un filet de hareng boulonnais (sinon rien). Le chat aura le droit de recevoir sur le museau un petit bout de hareng. Dès qu'elles sont cuites, hacher les pommes de terres pelées en fines rondelles et laisser refroidir.
Préparer la vinaigrette : ajouter aux échalotes doucement fondues par l'acide une pointe de poivre, quelques càc d'huile neutre (à convenance) et une grosse càs de faisselle. Bien mélanger.
Dresser la salade, parsemer de persil plat. Déguster un midi, avec un bol de thé noir des Andes sans prétention.