De la musique, d'abord. Un concert étonnant dans une toute petite salle boulonnaise, un dimanche après-midi. Le pianiste rêveur, tout en longueur et finesse, brise les murmures vagues d'inanités par le prélude en do dièse mineur, de Rachmaninoff. Mes souvenirs de ce morceau ne sont liés qu'à l'interprétation de Lugansky : frappe chirurgicale (du clavier), efficacité mécanique, précision extrême et sans âme. A. L. est tout autre, il laisse le prélude vivre, se déplier dans l'espace sonore, tout en courbes et rondeurs, le regard perdu. Le temps n'est plus que rythmes et phrasés, silences et double-croches. Les pièces se suivent, accompagnent parfois un chant. La Habbanera, l'Air des Bijoux, le duo de Lakmé et Malika : mélodies élégantes interprétées par deux plantureuses chanteuses, l'une un peu kitsch dans sa robe dorée, Carmen peu probable, l'autre contrastant par sa simplicité, magnifique Marguerite aux yeux pétillants de malice -Faust aurait certainement accepté que son héroïne soit un peu diabolique. Le chant est un jeu et le public sourit. Les saluts, les yeux délavés du pianiste et les joues roses des chanteuses, laissent songeur, tandis que quelques spectateurs s'enfuient déjà, gens pressés et détestables, pull à la main et course vers la sortie de la salle. Charme rompu.
Henri Meschonnic était aussi de ces spectateurs du monde dont le départ est douloureux. Je l'avais entendu une fois, lors d'un colloque sur les traductions de la Bible au Musée d'Art et d'Histoire du Judaïsme, un petit musée perdu derrière le Centre Pompidou où j'ai aussi pu écouter André Dussolier lire du Kafka, et une interprétation retentissante de W ou le souvenir d'enfance. (des loisirs sérieux). T. et moi avions préféré à la révision fastidieuse d'un devoir d'histoire  cet après-midi charmant et (un peu) linguistique, où des érudits parlaient aux érudits, de la Tora et de la Septante, de la pertinente traduction du Chant des chants, des curiosités de l'hébreu. De la proximité des termes embrasser et mordre.

(proximité de circonstances, puisque je perdrai demain quelques dents de sagesse)(désopilant)
Deux recettes, à embrasser ou mordre (selon état dentaire)

Des rillettes de maquereau, d'une simplicité exemplaire.

(photo de la recette, bientôt. En attendant, pour se faire une idée, un maquereau :)

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Écraser à la fourchette les précieux filets de la dernière boîte de maquereaux de la Belle-Iloise. Ajouter un demi-chèvre très frais, une pincée de piment d'Espelette, de la ciboulette hachée. (une recette classique, certes, déjà expérimentée ici, et croisée  aussi chez Lilo)
Déguster sur le pouce, avec une petite salade carottes-radis-pomme par exemple.

Un velouté de cocos de Paimpol aux Gambas, un peu comme au réveillon

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Faire tremper quelques heures les haricots s'ils sont secs (un demi-verre de haricots par personne me semble une mesure approximative mais correcte). Les faire cuire en partant à froid, dans une eau salée, avec feuille de laurier et gousse d'ail. (je ne compte pas le temps, l'essentiel étant de les oublier à feu doux, pour les retrouver tout à fait moelleux). Faire revenir une ou deux échalottes dans un filet d'huile d'olive, ajouter les haricots cuits, 30 cl de fond de légumes, laisser réduire. Ajouter de la crème fraîche à convenance, mixer.
Faire griller les gambas juste décortiquées et un peu farinées, sel poivre. Verser un trait de balsamique (plus ou moins maladroit).