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Les pavés inégaux retardent le pas, comme si le village coquet souhaitait qu'on le regarde. Maisons fardées d'ocre pâle, ornées des précieux colombages dont le charme résiste aux siècles. Les yeux malicieux des fenêtres, antiques ouvertures sur les toits élégamment courbés, quelques géraniums éclatants en boutonnière. C'est un congrès de vieilles dames majestueuses entre lesquelles coule le temps.
Le visage de Kaysersberg est d'un ovale parfait, mais seule une promenade courageuse jusqu'au donjon permet de le mériter. On rencontre alors de vieilles vignes qui murmurent leur tranquillité et maturent le goût du village.

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Ce n'est pas sans excitation que nous dévalons les pentes de terre vers la Winstub de Nasti. Son livre magnifique, Mon Alsace, Fragments d'un territoire culinaire, nous avait intrigués (malgré ses défauts).

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Le cadre revendique une certaine simplicité. Nappes plastifiées aux carreaux rouges, poulettes en bois un peu absurdes sur les plinthes hors d'âges, petits moules de pâtisserie plus ou moins surannés (mais pourquoi des Tefal ?), publicité légèrement envahissante pour le livre du maître de céant.
Le tartare de poisson servi en amuse-bouche est sans intérêt, et très laid. Texture indéfinie, absence de goût masquée par un excès de sel (le cuisinier était fort amoureux), sauce industrielle (ou loupée). L'ez 2007 de Madame Faller domine largement et fort heureusement les palais intrigués par cette ouverture médiocre.

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La présentation pollockienne du foie gras d'oie aux fruits du berawacka rassérène. Le modeste (et unique) toast grillé sur son bête napperon de papier paraît un peu chiche. L'amertume délicate du foie servi avec sa quenelle de fruits moelleux est intéressante, le foie est peut-être encore trop frais, en témoigne une texture fondante, mais une expression imparfaite des arômes (ou alors, je suis très exigeante) et un peu trop de sel. Le Gewurtztraminer Vendanges tardives 2002 du domaine Trimbach, commandé à reculons sur des conseils attentifs répond bien : acide, pas trop pommadé.
Coup d'oeil sur les assiettes voisines : le beurre des spätzle (maison ??) du petit frère est brûlé ! Le coq au Riesling est (décidemment !) trop salé et écoeurant, les quenelles (maison ??) flottent dans une sauce pas vraiment subtile, l'accompagnement légumes est inexistant : riz blanc, pâtes fraîches (maison ??).

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Le napperon de papier des fraises melba chagrine les fibres écolo. La coupe n'est pas vraiment jolie, les fraises sont glacées, la chantilly (maison ??) sans intérêt. L'aération de la cuisine vrombit derrière nous, les tintements des casseroles que l'on range nous pressent de sortir. Nasti patibulaire déboule, nous snobe et court saluer son ami E. Jung, cacique de la cuisine strasbourgeoise.
L'addition est assez salée (comme la cuisine), plus chère qu'un Winstub traditionnel.
De Nasti, ne reste que l'impression, désagréable, d'être dans l'arrière-cuisine peu soignée de son restaurant étoilé. Où je n'ai aucune envie de poser le moindre orteil.
Le Chambard, 9-13 rue du général de Gaulle, à Kaysersberg (Haut-Rhin).