Jean-Louis Trintignant, d'abord. Le col roulé noir et austère, le sourire aux lèvres. Des yeux de poupée, ourlés de khôl, des filles un peu délaissées. Des histoires de cachette et d'argent, la sortie de prison par un fantasque mariage italien et la cavale dans les gares. Le film est à rebours, reste une saveur de cigarettes seventies et l'envie de fuir, à toutes jambes, avec une fausse moustache et des lunettes en écaille, le col du trench beige relevé. Merci Simca.
Le lendemain, c'est Mia Farrow qui mène la danse. Angélique et sinistre avec son petit air d'oiseau craintif et fou, chétive créature dans ses robes trop grandes en dentelle, cloîtrée dans un appartement où John Cassavetes s'admire dans la télévision, mange de la mousse au chocolat et joue au Scrabble. L'espace est oppressant.
Le jeudi, Gregory Peck malade et amnésique est soigné par une charmante psychanalyste qui note sur un carnet à spirales un rêve fou, où les personnages ont l'air d'évoluer dans une toile de Dali. Les rayures deviennent menaçantes, surtout sur la neige. 
Samedi, après la bière rafraîchissante prise en compagnie d'une blogueuse cosmopolite (et charmante), Woody Allen a tenté de s'évader de prison avec un pistolet en savon, tandis que ses parents honteux répondent à une interview déguisés en Marx Brothers. Il est aussi question d'une lingère aux longs cheveux noirs, et de repas chiches composés d'une demi-tranche de salami.
Repliée sur le canapé, la tablette de chocolat sur la table basse, selon l'humeur un whisky ou une tisane. Il faut tirer un peu la couverture, parce qu'il prend un peu de place. 
Il faut aussi partager le chocolat, qui subit une surveillance tacite mais aiguisée. 
Accepter doucement la présence de l'autre. 
Il sale l'eau des pâtes avec un grain de sel, et laisse brûler les carottes. (!)
Il pédale sur son piano toute la journée, mais vient gratter à ma porte au moment des repas.
Il vérifie son Stetson dans la glace, mais n'a pas encore osé le porter.
Il a cassé mon bol préféré, j'ai rétréci son pull en laine.
Il a bien aimé les nouilles maison avec le lapin, merci.
Il est beaucoup plus grand que moi, mais fait semblant de l'oublier. 
Il ne supporte pas les Creedence, mais apprécie Buddy Holly.
Il veut bien voir du Godard, mais pas des films contemplatifs japonais où les hommes parlent aux anguilles.
Le petit frère.
Et dimanche, finalement, il a tout de même accepté. Nous avons évité d'en discuter, cette fois, parce qu'il est difficile de se faire une opinion définitive d'un film bouleversant les habitudes. Puisque l'homme parle peu (mais rit parfois), n'aime pas (mais est déchiré par l'amour), oublie (mais évoque ses souvenirs avec l'anguille). 
Bon, et avant que ça ne soit définitivement plus la saison des concombres, et puisqu'il a aimé au point de se faire trois fois la même salade la semaine suivante, une

Salade Thaï  

salade

Pour deux, il faut une escalope de poulet, du thaï peanut butter*, un demi poivron rouge, un concombre Noa (attention, pas les grands concombres fades), de la coriandre, du citron vert, des noix de cajou non grillées non salées, une bière blanche.

Et c'est très simple : faire griller dans un trait d'huile neutre l'escalope émincée-marinée-dans-le-thaï-peanut-butter-auquel-on-a-ajouté-un-demi-pili-pili, ajouter le poivron en lamelles. Après, il s'agit de faire un tas élégant (pour ma part, c'est loupé) de concombre en tranches, de poulet et de poivrons, de coriandre hachée et de noix de cajou concassées. D'ajouter une petite vinaigrette à base de Melfor (ou de tout autre vinaigre doux) et d'huile neutre, d'arroser de jus de citron vert. Et si possible, de boire une bière blanche et fraîche et de deviser gaiement. 

* Le thaï peanut butter de Charlotte. (Ctrl C + Ctrl V)
Dans une casserole, combiner:
1 tasse (en volume, c'est la quantité de 240ml d'une liquide) de beurre de cacahuetes (dont les seuls ingrédients sont cacahuètes et sel, pas de sucre, conservateurs etc) 
80 ml d'eau
2 gousses d'ail, émincées
1/2 c à c. de sauce soja
2 cac huile de sesame
2 cas cassonade
2 cas sauce de poisson
1/2 cas cayenne en poudre
2 cac jus de citron vert 
80 ml lait de coco
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(ça pourrait être un quizz, avec le nom des films à deviner)
(et bientôt, une exposition scandinave, mais certains bols sont réfractaires à la photographie)
(et bien entendu, aucun lien direct entre mon frère et le concombre)