Je ne t'entends plus rire si souvent. Rap et Pop (toujours les mêmes chansons) diffusés si forts par mes voisins ont remplacé ton amour du dodécaphonisme, les morceaux que tu me jouais parfois en t'excusant par avance (et à tort) de leur maladresse, France Culture que nous évitions le dimanche matin. Le silence solitaire du petit-déjeuner n'a pas le charme de ton sourire rare. De toutes façons, tu n'aimerais pas le pain ici, il est triste. Sans toi, nulle mélancolie du dimanche soir qui nous poussait à errer dans les rues lyonnaises, nul film partagé mollement installés dans le petit canapé à fleurs sur lequel la couverture glisse toujours, avec un carré de chocolat. La bière californienne ne te plairait pas, pale, discrète, dans les bars trop bruyants – rien à voir avec la Tripel Karmeliet que nous achetions ensemble dans le microscopique magasin du cours Gambetta. Personne ne rit de mes blagues idiotes, ne me caresse si gentiment les cheveux, n'appuie son coude sur mon épaule en m'appelant grande soeur, n'admire mes photos de feuilles mortes, ne critique l'opéra, ne me pique mes livres – lire les Peanuts en anglais t'amuserait tant. Plus de disputes insensées, de réconciliations timides, de discussions essentielles. (ça ne m'empêche pas de penser à toi)

Au téléphone, il m'a soufflé « ta cuisine me manque ». 

J'espère que ces toutes petites recettes si faciles te serviront (puis je reviens bientôt) 

 Les pâtes du placard 

Version 1 : Spaghetti aux anchois et pesto rosso (tu sais, ce soir là, nous avons fini le tiramisù à l'orange sanguine et regardé The Meaning of life, en trouvant qu e c'était très inégal)

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Mixer 10 tomates séchées, une dizaine d'olives demi-sel, un demi bocal de pulpe de tomates, une cuillère de câpres, 3 càs d'huile d'olive, deux gousses d'ail. Servir sur des spaghettis al dente, avec un trait d'huile d'olive, quelques filets d'anchois et du parmesan

Version 2 : Spaghetti aux olives, parmesan et citron (celle là, tu sais, je la fais surtout les midis de disette, mais tu l'as bien aimée)

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Pendant que les spaghettis cuisent, dénoyauter une douzaine d'olives demi-sel, les faire revenir dans l'huile d'olive, ajouter au dernier moment le jus d'un demi-citron. Verser sur les pâtes, saupoudrer de parmesan.

Version 3 : (celle des autres midis pressés) : Tagliatelles blanches, ail, parmesan, huile de truffe (tu l'aimes moins, à cause de l'ail, mais si tu veux en atténuer le goût, tu peux pocher rapidement l'ail, ou utiliser une demi-gousse)

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Pendant que les tagliatelles cuisent, presser une ou deux gousses d'ail dans un saladier, râper une quantité généreuse de parmesan. Ajouter 2 càs d'eau de cuisson des pâtes. Lorsque les pâtes sont égouttées, les mélanger à l'ail, au parmesan, ajouter un trait d'huile de truffe (celle que j'achète à Colmar dans une toute petite épicerie italienne est remarquable), déguster aussitôt. 

Les pâtes de printemps

Version 4 : Orecchiette alla barese ( c'était un dimanche midi, j'avais écouté beaucoup de versions différentes du concerto n°2 de Rachmaninov, dont celle que tu détestes, de Lang Lang - avouons-le, c'est justifié)

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La recette, c'est celle de Guillaume Long, tu la trouveras aussi chez Patoumi

Prendre une grande casserole : y faire cuire les orecchiette, et ajouter 5 minutes avant la fin les fleurettes de brocoli dans l'eau bouillante. Pendant ce temps, faire revenir quelques gousses d'ail en lamelles dans de l'huile d'olive, puis ajouter hors feu quelques filets d'anchois (4 par personnes, par exemple). Lorsque les pâtes et le brocoli sont cuits, les verser sur la préparation anchois - ail, en écrasant un peu le brocoli, ajouter du parmesan râpé à foison, et quelques tours de moulin de poivre.

Version 5 : Orechiette aux petits pois et Bacon ( nous avions mangé un peu trop tard ce soir là, et discuté du Faust de Murnau) 

Pendant que les orechiette cuisent, faire revenir le bacon en virgules dans un peu d'huile, cuire les petits pois. Mélanger les petits pois et les pâtes, poivrer avec un joli poivre, ajouter le bacon grillé et un filet de citron.

Les pâtes d'été

Version 6 : Pâtes qui font des paysages de fenouil (nous avions aimé ce soir-là L'aigle à deux têtes)

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Pendant que les pâtes cuisent, râper du parmesan, presser un demi-citron, émincer finement un demi-fenouil, qui sera ajouté deux ou trois minutes avant la fin de cuisson des pâtes. Mélanger pâtes et fenouil, ajouter le citron et saupoudrer de piment d'espelette moulu, semer le parmesan et passer au grill quelques minutes.

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Les pâtes d'automne 

Version 7 : Le pastasotto à la courge et au chèvre d'un retour de piscine (ce jour-là, tu avais mangé trois yaourts à la cantine, et un peu de riz, parce qu'il ne restait plus rien - tu avais regardé mon assiette avec envie)

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Couper un petit morceau de courge musquée en cubes, les faire cuire à feu doux dans un fond d'huile d'olive (ça prend une vingtaine de minutes). Réchauffer un verre et demi de bouillon (maison) de légumes. Cuire une échalote émincée et deux branches de persil hachées menues dans un fond d'huile d'olive sur feu moyen, ajouter des pâtes (De Cecco c'est mieux, forcément). Remuer, puis ajouter progressivement le bouillon, jusqu'à évaporation. Râper un peu de noix de muscade, poivrer, ajouter les dés de courge. Puis saupoudrer de quelques morceaux de chèvre frais (pas trop petits pour qu'il ne fonde pas tout de suite, mais pas trop grand pour que l'intérieur des miettes soit chaud quand même), d'une châtaigne émiettée, et d'un filet de citron.

(tu vois, je ne t'oublie pas)