12 octobre 2010

Souviens-toi (ou la nostalgie des nouilles)

Je ne t'entends plus rire si souvent. Rap et Pop (toujours les mêmes chansons) diffusés si forts par mes voisins ont remplacé ton amour du dodécaphonisme, les morceaux que tu me jouais parfois en t'excusant par avance (et à tort) de leur maladresse, France Culture que nous évitions le dimanche matin. Le silence solitaire du petit-déjeuner n'a pas le charme de ton sourire rare. De toutes façons, tu n'aimerais pas le pain ici, il est triste. Sans toi, nulle mélancolie du dimanche soir qui nous poussait à errer dans les rues lyonnaises, nul film partagé mollement installés dans le petit canapé à fleurs sur lequel la couverture glisse toujours, avec un carré de chocolat. La bière californienne ne te plairait pas, pale, discrète, dans les bars trop bruyants – rien à voir avec la Tripel Karmeliet que nous achetions ensemble dans le microscopique magasin du cours Gambetta. Personne ne rit de mes blagues idiotes, ne me caresse si gentiment les cheveux, n'appuie son coude sur mon épaule en m'appelant grande soeur, n'admire mes photos de feuilles mortes, ne critique l'opéra, ne me pique mes livres – lire les Peanuts en anglais t'amuserait tant. Plus de disputes insensées, de réconciliations timides, de discussions essentielles. (ça ne m'empêche pas de penser à toi)

Au téléphone, il m'a soufflé « ta cuisine me manque ». 

J'espère que ces toutes petites recettes si faciles te serviront (puis je reviens bientôt) 

 Les pâtes du placard 

Version 1 : Spaghetti aux anchois et pesto rosso (tu sais, ce soir là, nous avons fini le tiramisù à l'orange sanguine et regardé The Meaning of life, en trouvant qu e c'était très inégal)

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Mixer 10 tomates séchées, une dizaine d'olives demi-sel, un demi bocal de pulpe de tomates, une cuillère de câpres, 3 càs d'huile d'olive, deux gousses d'ail. Servir sur des spaghettis al dente, avec un trait d'huile d'olive, quelques filets d'anchois et du parmesan

Version 2 : Spaghetti aux olives, parmesan et citron (celle là, tu sais, je la fais surtout les midis de disette, mais tu l'as bien aimée)

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Pendant que les spaghettis cuisent, dénoyauter une douzaine d'olives demi-sel, les faire revenir dans l'huile d'olive, ajouter au dernier moment le jus d'un demi-citron. Verser sur les pâtes, saupoudrer de parmesan.

Version 3 : (celle des autres midis pressés) : Tagliatelles blanches, ail, parmesan, huile de truffe (tu l'aimes moins, à cause de l'ail, mais si tu veux en atténuer le goût, tu peux pocher rapidement l'ail, ou utiliser une demi-gousse)

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Pendant que les tagliatelles cuisent, presser une ou deux gousses d'ail dans un saladier, râper une quantité généreuse de parmesan. Ajouter 2 càs d'eau de cuisson des pâtes. Lorsque les pâtes sont égouttées, les mélanger à l'ail, au parmesan, ajouter un trait d'huile de truffe (celle que j'achète à Colmar dans une toute petite épicerie italienne est remarquable), déguster aussitôt. 

Les pâtes de printemps

Version 4 : Orecchiette alla barese ( c'était un dimanche midi, j'avais écouté beaucoup de versions différentes du concerto n°2 de Rachmaninov, dont celle que tu détestes, de Lang Lang - avouons-le, c'est justifié)

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La recette, c'est celle de Guillaume Long, tu la trouveras aussi chez Patoumi

Prendre une grande casserole : y faire cuire les orecchiette, et ajouter 5 minutes avant la fin les fleurettes de brocoli dans l'eau bouillante. Pendant ce temps, faire revenir quelques gousses d'ail en lamelles dans de l'huile d'olive, puis ajouter hors feu quelques filets d'anchois (4 par personnes, par exemple). Lorsque les pâtes et le brocoli sont cuits, les verser sur la préparation anchois - ail, en écrasant un peu le brocoli, ajouter du parmesan râpé à foison, et quelques tours de moulin de poivre.

Version 5 : Orechiette aux petits pois et Bacon ( nous avions mangé un peu trop tard ce soir là, et discuté du Faust de Murnau) 

Pendant que les orechiette cuisent, faire revenir le bacon en virgules dans un peu d'huile, cuire les petits pois. Mélanger les petits pois et les pâtes, poivrer avec un joli poivre, ajouter le bacon grillé et un filet de citron.

Les pâtes d'été

Version 6 : Pâtes qui font des paysages de fenouil (nous avions aimé ce soir-là L'aigle à deux têtes)

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Pendant que les pâtes cuisent, râper du parmesan, presser un demi-citron, émincer finement un demi-fenouil, qui sera ajouté deux ou trois minutes avant la fin de cuisson des pâtes. Mélanger pâtes et fenouil, ajouter le citron et saupoudrer de piment d'espelette moulu, semer le parmesan et passer au grill quelques minutes.

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Les pâtes d'automne 

Version 7 : Le pastasotto à la courge et au chèvre d'un retour de piscine (ce jour-là, tu avais mangé trois yaourts à la cantine, et un peu de riz, parce qu'il ne restait plus rien - tu avais regardé mon assiette avec envie)

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Couper un petit morceau de courge musquée en cubes, les faire cuire à feu doux dans un fond d'huile d'olive (ça prend une vingtaine de minutes). Réchauffer un verre et demi de bouillon (maison) de légumes. Cuire une échalote émincée et deux branches de persil hachées menues dans un fond d'huile d'olive sur feu moyen, ajouter des pâtes (De Cecco c'est mieux, forcément). Remuer, puis ajouter progressivement le bouillon, jusqu'à évaporation. Râper un peu de noix de muscade, poivrer, ajouter les dés de courge. Puis saupoudrer de quelques morceaux de chèvre frais (pas trop petits pour qu'il ne fonde pas tout de suite, mais pas trop grand pour que l'intérieur des miettes soit chaud quand même), d'une châtaigne émiettée, et d'un filet de citron.

(tu vois, je ne t'oublie pas)

Posté par Greshka à 19:37 - - Commentaires [19] - Permalien [#]
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Commentaires sur Souviens-toi (ou la nostalgie des nouilles)

    eh bien!....si il meurt de faim avec toutes ces bonnes recettes, je ne comprends pas!....et puis tu reviens!.....

    Posté par Babeth59, 12 octobre 2010 à 19:44 | | Répondre
  • Il en a de la chance, le petit frère, d'avoir une grande sœur comme ça.
    Ces déclinaisons de pâtes me font sourire, elles me font penser à tant de ces midis pressés, où le temps compté et le porte-monnaie limité ne doivent pas empêcher de manger goûtu.
    Take care
    Marion

    Posté par bache, 12 octobre 2010 à 20:57 | | Répondre
  • C'est très mignon, et très touchant. Tout le monde veut une grande sœur comme ça!

    Posté par Audrey L., 12 octobre 2010 à 21:26 | | Répondre
  • Babeth, il a aussi une série de petits plats au congélateur. J'ai tout prévu !

    Bache, c'est tout à fait ça, et en même temps, publier ces recettes sans avoir les moyens matériels de les réaliser me fend le coeur. (je ne saurai où trouver de l'huile de truffe ici - quoique j'ai trouvé un magasin où l'on peut acheter toutes les De Cecco dont on rêve)

    Audrey, je suis certaine qu'il est ravi d'avoir une grande soeur comme ça à distance. (les câlins prennent de la place)

    Posté par Camille, 12 octobre 2010 à 23:52 | | Répondre
  • Camille, ce texte est sans doute celui qui me touche le plus. Peut-être parce qu'il est empreint de nostalgie et de mélancolie, et qu'on ne se refait pas...
    Take care.

    Posté par Mingou, 13 octobre 2010 à 00:10 | | Répondre
  • On pouvait deviner, à la lecture du post que tu lui avais consacré, quels liens étroits vous unissent tous les deux, je ne suis donc pas surprise qu'il te manque (et réciproquement). Les retrouvailles prochaines n'en seront que meilleures, crois-moi. Je souhaite que le temps file vite jusque-là car on te sent effectivement mélancolique et un peu désemparée par rapport à cette nouvelle vie dans laquelle tu ne te "retrouves" pas forcément (apparemment). Courage, Camille, je ne sais que trop ce que tout cela signifie. Prends soin de toi, ensuite ce sont les autres qui le feront à ton retour en France.
    Bises.

    Posté par Cécile, 13 octobre 2010 à 08:03 | | Répondre
  • Non seulement il est beau ce texte, simple et delicat, mais extremement gourmand. Je crois que j'aime tout, completement, a part celles au potiron (mais ca c'est mon rapport perso aux potirons, je les apprivoise progressivement). Et puis j'adore cette facon de lier des emotions et des souvenirs aux plats degustes ensemble, c'est si vrai!
    Et les pates aux feuilles de blettes, tu ne les vais pas photographiees?

    Posté par gracianne, 13 octobre 2010 à 09:18 | | Répondre
  • Je crois que je vais te l'emprunter, ce moule à manqué. Rien que pour rencontrer P. et lui dire qu'il n'est pas le seul à qui tu manques.

    Et j'ai justement un potiron qui s'ennuie chez moi. Sans toi, il aurait fini comme ses congénères, en vulgaire soupe.

    Posté par Julie, 13 octobre 2010 à 15:27 | | Répondre
  • Mingou, je suis très émue de recevoir ce compliment de la part d'une fille qui exprime si bien la nostalgie. Je ne sais pas si j'éprouverai un " enchantement " en revenant à Lyon, j'ai très peur d'envelopper tous mes souvenirs d'une tendresse toute imaginaire.

    Cécile, j'ai laissé beaucoup de moi à Lyon, et ai toujours l'impression de ne m'amuser que superficiellement ici. Tout de même, je commence à m'installer, avoir quelques habitudes américaines, à m'imprégner de la nouveauté. Je crois qu'il faut beaucoup de temps pour dépasser cet état mélancolique.

    Gracianne, c'est un billet que j'ai préparé (du moins pour les recettes) à partir du moment où j'ai appris mon départ à Berkeley. J'aime bien faire revivre ces souvenirs
    Les pâtes aux blettes sont un tel classique chez nous que P. en connaît la recette par coeur. Puis y a un copyright Mais tu as raison, je devrais les ajouter à l'inventaire

    Julie, je suis certaine que tes soupes sont loin d'être vulgaires. (mais essaie le pastasotto, tu m'en diras des nouvelles). Et n'hésite pas à gratter à la porte, même sans le prétexte du moule à manqué.

    Posté par Camille, 13 octobre 2010 à 20:34 | | Répondre
  • camille, je suis admirative. et touchée aussi.
    (mon petit frère risque d'adorer tes recettes -même si on ne parle pas trop d'opéra tous les deux).

    Posté par mlle chéchée, 14 octobre 2010 à 08:41 | | Répondre
  • euh... problème de connexion! je suis confuse...
    prend soin de toi!

    Posté par mlle chéchée, 14 octobre 2010 à 08:44 | | Répondre
  • Mlle chéchée, je sais combien tu tiens aussi à ta fratrie, je me souviens de très beaux billets dans la boîte.
    (PS : c'est réglé pour les commentaires jumeaux)

    Posté par Camille, 14 octobre 2010 à 18:30 | | Répondre
  • Je pars sur la pointe des pieds, un peu émue....c'est tellement joli votre relation

    Posté par marion, 15 octobre 2010 à 07:37 | | Répondre
  • Olala, c'est beau. Nourris aux pâtes et à l'amour. Je les. Alors...

    Posté par tifenn, 17 octobre 2010 à 12:39 | | Répondre
  • Marion, ne t'inquiète pas, on se dispute aussi, parfois. (mais il me manque beaucoup)

    Posté par Camille, 19 octobre 2010 à 03:57 | | Répondre
  • J'adopte la recette de printemps que je dégusterai
    bien en écoutant Rachmaninov et son concerto N°2.
    Très beau billet,
    Have un nice day !

    Posté par gabriella, 25 octobre 2010 à 09:56 | | Répondre
  • Gabriella, tu me diras quelle est ta version préférée du concerto ?

    Posté par Camille, 28 octobre 2010 à 06:02 | | Répondre
  • J'ai une version du N°2 par Vladimir Aschkenazi
    qui date de I986 que j'aime beaucoup.

    Posté par gabriella, 29 octobre 2010 à 13:17 | | Répondre
  • (je l'écoute beaucoup celle-ci aussi)

    Posté par Camille, 30 octobre 2010 à 21:38 | | Répondre
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