Le whisky de Roman Polanski, et les écureuils de Hyde Park en filigrane
Il a vieilli - des ombres au visage, barbe de quelques jours. C'est lui désormais qui vit des aventures ponctuées de "jollygood", de plus triviaux "you know", et des fameux "aïe aow ariou" mâtinés d'intonations cosmopolites dans les couloirs de sa résidence étudiante. Il cultive un accent posh et d'improbables expressions, froncera les sourcils de ma prononciation trop américaine (comprenez, il y a un monde entre "London" bouche en coeur et "London" mâchoire tombante).
Une nouvelle histoire commencera par une pinte de bière très fraîche dans un bistroquet quelconque donc authentique, étudiants avachis dans un canapé en cuir merveilleusement mou, contemplant de bedonnants buveurs dont les conversations nous plongeront dans une perplexité pour le moins candide (à moins que la Foster's ne fasse déjà effet). Programme du lendemain vaguement esquissé, ponctué de considérations météorologiques : tout dépendra, donc.
Le samedi, il s'agira de manger un des meilleurs hamburgers de Londres*, de trancher l'épineuse question de la qualité de Jamie Oliver**, de supporter jusqu'au bout les sept étages de la Tate Modern en se promettant de voir les films d'Harrison & Wood, d'acheter des Christmas Ornaments kitschs sans l'être trop***, de bouder Camden Town et de se promener en frissonnant dans le délicieux London Zoo.
* L'un des meilleurs hamburgers de Londres, donc, le Haché Duck burger, poitrine de canard grillée, oignons de printemps, concombre et sauce hoi sin au bord de Camden Town.
** Question désormais tranchée. Une carte du Fifteen exclusivement italienne. Le pain servi en guise d'amuse-bouche avec un petit bol d'huile d'olive nous a beaucoup plu, le jeu consistant à imbiber le pain d'huile sans en verser une goutte sur la table. Le crabe du Devonshire servi en entrée avec une roquette sauvage, de la puntarelle et un trait de citron amalfitain était intéressant, quoique trop monotone en texture. Malheureusement, l'assiette de gnocchis au ragoût de sanglier braisé, servi avec des châtaignes et de la pangrattato (la fameuse chapelure épicée de Jamie) nous a plongés dans un abîme de mécontentement (pour vous dire, un plat que nous aurions boudé en cantine) : aucune variation de texture (une mâche d'un ennui absolument mortel), un accompagnement épais et un peu fade, très peu de subtilité et des couleurs pour le moins ternes (une monochromie beige pas très appétissante). Immense déception, malgré le Chianti bien choisi, malgré le personnel aux petits soins, l'ambiance feutrée.
Devonshire Crab, Wild Rocket, Puntarelle and Amalfi Lemon
Herb and Potato Gnocchis, Boar Ragu, Chestnut and Pangrattato
*** Impossible. Dans le fameux magasin judicieusement intitulé "Christmas Shop", toutes les filles se promenaient avec des guirlandes pailletées d'un goût douteux, des petits personnages de Noël effroyablement souriants, des oiseaux dorés aux plumes invraisemblables. Trésor que des compagnons prévoyants s'empressaient de remettre discrètement en rayon. J'ai eu le droit d'investir dans un magnifique cheval en bois, rouge à paillettes dorées, un peu ennuyée d'être stéréotypique.
Le dimanche, nous traverserons le délicat Hyde Park, découvrirons l'exquise cafétéria du V&A* grâce à l'excellent London Menu, traverserons le musée rapidement avant de nous découvrir des envies de polyhèdres semi-réguliers, de bouteilles de Klein et autres bizarreries du Science Museum, dans lequel j'apprendrai grâce à un quizz en sept questions que mon cerveau est plutôt féminin** et que mon altruisme est ordinaire.
* Au V&A, on peut se servir sur de petits stands, et la fish pie est généreuse (parmi les poissons qui la composent, je n'ai reconnu que le haddock et le cabillaud, mais il y en a deux autres) et drôle avec sa feuille de laurier fièrement dressée, les salades un peu trop copieuses, l'ambiance familiale. Parfait pour un déjeuner sur le pouce avec un ami cher.
** (sic)
****
Autres petits plaisirs de la semaine :
Zimsterne and Statistics (merci M.)
Jambon rôti, Mozzarella fraîche et Aubergines fondantes à l'Oenosteria,
où G. et moi devrions revenir pour acheter de la porchetta.
- la découverte que Roman Polanski et moi apprécions la même distillerie (sisi, regardez bien Carnage).
- une conversation importante sur les mérites respectifs du Grand Tasting et du Salon des Vignerons Indépendants avec le caviste de l'excellent 5e cru, où l'on trouve du Triple Zéro de Jacky Blot (avis aux amateurs).
Commentaires sur Le whisky de Roman Polanski, et les écureuils de Hyde Park en filigrane
- Bon alors:

1. je veux un burger pareil - il faut donc que j'en fasse un.
3. mais pourquoi eviter soigneusement Camden? C'est marrant ausi ce cote touristique kitch.
2. MM ne sait vraiment pas compter.
4. Les enfants ont decore le sapin. Il est top kitch. Plus tu meurs. Mais eux ils aiment.
5. MM, si on retourne acheter de la porchetta, on te dira. - J'ai eu un bac scientifique alors que physique et maths sont pour moi des sciences opaques.Cela m'a traumatisée. Autant dire qu'entre Zimsterne et statistiques mon choix est fait!Surtout que ces étoiles sont un délice, je le confirme.

Je déteste le kitsch mais mes enfants adorent. Je fais un travail intérieur intensif pour accepter leurs décorations anarchiques, fantaisistes...et kitsch (si,les 3 à la fois c'est possible), leur satisfaction finale me conforte dans cette abnégation
Je me répète mais c'est toujours un plaisir de te lire et de prendre de tes nouvelles.
Carnage, c'était comment?
Je t'embrasse, douces fêtes. - Mingou,

1. ça ne m'étonne pas
(en cours d'anglais*, par contre, nous avons étudié Death of a Salesman, et un de mes amis s'est vu interdit de lecture à cause de son accent trop chic pour interpréter un des fils Loman) (j'étais très fière de mes nasalités ronchonnes)
(* sic)
2. il faudra que tu nous racontes le canard laqué de ton papa pour comparer.
3.a. j'ai aussi installé plein d'Ipex avec des branches de sapin, et je n'ai même pas de prétexte qui saute partout en attendant Noël.
3.b. J'aurais pu renverser la boîte de Weihnachtskekke pour témoigner de leur importance cette semaine-là.
4. L'endroit te plairait trop, on ne parle qu'italien, et les parfums de charcuterie italienne chatouillent les narines dès l'entrée. - Gracianne,

1. Surtout avec des pains à hamburger maison. Celui-ci était très blanc, et assez moelleux sans être ennuyeux.
3.Oui, mais. On s'attendait à quelque chose d'autre, de plus authentique. Et là, les hordes de touristes se précipitant dans les fripes sans intérêt pour en ressortir avec des T-shirts "I love London", les trottoirs bondés, nous ont fait fuir.
2.
4. (c'est pratique d'avoir des enfants pour justifier les guirlandes multicolores
3. - Cécile, j'ai appris à ne pas détester les maths comme outil, mais cotoyer des fous du calcul m'écoeure pas mal - la sélection par les maths est un élitisme très français.

J'imagine que tu auras encore quelques années de boules multicolores avant de retrouver une décoration plus paisibles
Carnage ne m'a pas vraiment convaincue, j'attendais un film plus polanskien - c'est une critique un peu trop facile, disons.
J'aimerais bien avoir de tes nouvelles aussi, je les espère positives & t'embrasse.
Passe de bonnes fêtes. - Cécile : Pareil ! Au vu de mes performances ici, on se demande comment j'ai bien pu passer et décrocher un bac scientifique (C, pour ne pas le nommer). Ha ha.

Le beijing kaoya, c'est un truc fantastique en plusieurs actes, mais c'est le premier acte que je préfère. La peau luisante et un peu croustillante du canard est enveloppée dans une petite crêpe toute chaude avec de la ciboule, du concombre et de la sauce hoisin. Je ne vous dis que ça.
Faut-il aller voir Carnage pour savoir de quel whisky il s'agit ? - La peau croustillante du canard est probablement ce qu'il y a de meilleur au monde, avec la couenne laquee du cochon de lait. J'essaierais bien - un jour - avec du temps devant moi.

Cecile, on a les memes enfants, ou bien tous les enfants sont les memes. Il faut ravaler son sens de l'esthetique a cette periode de l'annee. Abnegation, c'est le mot
(ceci dit je n'ai pas resiste, j'ai enleve la guirlande bleue qui n'allait franchement pas avec le reste, et tente de re-equilibrer la disposition des boules, mais discretement, quand ils etaient occupes ailleurs).
Il faut que je goute ce whisky. - Camille, Gracianne: j'ai en effet "fait mon deuil" sur tout sens de l'esthétique. Et pas seulement en matière de décorations de Noël (si vous connaissiez mon Elisabeth, vous comprendriez immédiatement à quoi je fais allusion, elle a une façon de s'habiller très personnelle, j'ai définitivement jeté l'éponge et je me rends compte que j'ai eu raison, cet enfant ne ressemble à nul autre, les sorties de classe et fêtes d'école me le confirment

L'avantage, c'est qu'on la repère de loin et du premier coup d'oeil, cheveux en bataille, couleurs improbables, style...anarchique
Après tout, le goût est très subjectif.
Mingou, je rêverais moi aussi de goûter ce canard laqué, vous attisez ma gourmandise avec vos descriptions!
Je suis sûre, concernant le bac C, que mon "histoire" fera un jour partie des annales, je te raconterai. Une erreur de casting monumentale qui m'a conduite ensuite directement en hypokhâgne. Je rêve encore régulièrement que, bien qu'ayant obtenu ce bac, on m'oblige à le repasser... Tout est dit dans ce rêve.
Je vous embrasse fort les amies. J'espère du fond du coeur vous rencontrer un jour. - Camille, tu as entièrement raison concernant l'élitisme français, ton expérience américaine a probablement fini de t'en convaincre. Mon cas personnel m'a prouvé combien cela pouvait parfois conduire à des situations absurdes. J'espère que cette expérience me servira lorsqu'il sera question d'aider les enfants dans leurs propres choix. Je n'ai absolument pas su, à l'époque, me poser les bonnes questions.

Pardon d'avoir monopolisé la parole et d'avoir trop parlé de moi. - Gracianne, je ne sais pas si j'oserais me lancer dans le canard laqué (souffler dans le canard pour soulever la peau me fait trop peur).

Pour le whisky, ils ont vraiment des gammes très variées, avec du whisky pour filles (disons, léger et pas trop tourbé comme le 23.10.01, ou avec un beau goût de sherry (pour ceux qui ont été élevés dans d'anciens tonneaux de... sherry)) et des whiskies beaucoup plus - euh - puissants (ils revendiquent dans leur catalogue le whisky le plus tourbé du monde).
Cécile, je trouve ça très chouette, un enfant qui affirme déjà beaucoup sa personnalité, même à coup de cheveux anarchiques.
Beaucoup d'hypokhâgneux ont passé un bac scientifique avant, tu n'es pas la seule.. (ton rêve fait froid dans le dos - qui souhaiterait REpasser le BAC ?!).
Sur le système scolaire français, je suis très très partagée, je pense que ça dépend de la malléabilité et de la résistance de chacun à la surdose de travail. - Cécile : Sais-tu qu'il m'arrive encore aujourd'hui de rêver que j'ai un contrôle de maths (ou de physique) et que je n'ai pas révisé ? Les traumatismes ont la peau dure.

Ta fille me paraît très équilibrée et épanouie telle qu'elle est. C'est le plus important, non ? Et Camille a raison, un enfant qui affirme sa personnalité, c'est plutôt chouette.
Gracianne : J'adore comment tu enguirlandes tes enfants, c'est très drôle
Je vous inviterais bien toutes les trois à venir manger un beijing kaoya chez mon papa
- Ouh la, faut pas dire ca Mingou, ca me donne faim rien que d'y penser. Ca fait des annees que je tourne autour de cette recette la, peur de me planter, et puis c'est du boulot, il faut faire les crepes et tout. Mais bon, j'avais deja fait un canard croustillant du Sichuan une fois, avec les buns a la vapeur, c'est du boulot mais le resultat etait a la hauteur.

Pour tout vous dire, je crois que la plupart des enfants n'ont absolument aucun souci de l'esthetique. Cecile, tu verrais comment ma fille s'habille, le melange de couleurs, hum. Mais elle est adorable, le reste a peu d'importance finalement.
P.S. les enfants sont en vacances chez leurs grands-parents, j'en ai profite pour refaire le sapin. Je ne sais meme pas s'ils verront la difference mais moi je me sens mieux
- Vous avez toutes les deux parfaitement raison, E. a déjà une belle personnalité et semble épanouie et c'est l'essentiel (rassurez-vous, de ce point-là je ne doute absolument pas). Je suis même impressionnée par le fait qu'elle ne copie ni ne recherche ce qu'ont les autres, elle ne connaît aucune marque de vêtements et n'a jamais réclamé quelque accessoire que ce soit. A notre époque et pour avoir bcp travaillé avec des enfants de cet âge, j'ai conscience que c'est assez inhabituel, dans nos sociétés en tous cas. Mais je reconnais que parfois, je frôle l'arrêt cardiaque en voyant sa dégaine

Sache, Mingou, que si je pouvais me téléporter à Paris, j'accepterais avec une joie immense de manger chez ton papa, en heureuse compagnie qui plus est. Un jour peut-être?
Joyeuses fêtes à toutes! - Gracianne, je vois seulement ton commentaire, alors on est toutes d'accord là-dessus.

Les enfants ont certes un goût de l'esthétisme qui leur appartient, néanmoins beaucoup, en réponse aux codes de notre société et à l'éducation qui leur est donnée, accordent de plus en plus d'importance aux phénomènes de mode vestimentaires et au mimétisme.
































2. Le Haché Duck Burger me fait penser à du canard laqué pékinois version burger
3. Je crois que tu trouverais mon sapin très kitsch (mais bon, c'est ainsi que je l'aime). Et en plus, cette année, j'ai eu le bon goût de mettre une guirlande lumineuse, pour mon petit M. (mais le bouquin des Inrocks sur la table basse l'a plus intéressé que le sapin clignotant).
3. Je comprends pourquoi ces maths vous font pleurer. Ça vaut tous les Weihnachtskekse de la terre.
4. Je me serais bien jointe à vous, quand je vois l'appétissante assiette de l'Oenosteria...