Menus plaisirs :

- l'envoûtement de l'endive fraîche coupée translucide assaisonnée d'une vinaigrette à l'huile d'olive suave.

- les rondeurs irrégulières et sensuelles des pommes de Cézanne, de grands applats empreints de solitude.

- les carottes de Joël Thiébault cuites simplement en purée à la cardamome - les carottes de M. (qui officie le mercredi et le samedi sur le marché de Boulogne sur mer) sont meilleures, tout de même, plus iodées et moins timides.

- des oignons caramélisant sous des lamelles de pommes de terre déjà cuites, recette ancestrale et confortable des röstis familiales.

- le jaune encore cru de l'oeuf poché, filet d'or sur le bol de riz blanc.

- la ciboulette. Longs doigts souples, vert élégant presque anglais, stries parfumées. Le cisèlement précis a une mélodie particulière, reposante, le bruit mat varie selon la longueur de la tige restante. Impossible d'obtenir un hachement parfaitement régulier sans s'appliquer un peu - les derniers centimètres seront dérobés et mâchouillés discrètement pour masquer le forfait.

- le chocolat du Ghana d'Akrame, réglissé et très salé, grignoté avec les quartiers déshabillés d'une orange sanguine.

- la monochromie gourmande* d'une caille en petite vertu alanguie sur une purée d'héliantis et de pommes de terre Roi Edouard.

DSC_0008

- un chou frisé encore craquant, presque élastique, impregné de vinaigre de riz et de nuoc nàm, enrobé en toute fin de cuisson d'un peu de sauce soja.

- la mercerie de Boulogne sur mer. À côté du comptoir, une photographie de la mercerie dans les années 1920 donne le la. Multiples tiroirs à trésors, boutons improbables, rubans et fanfreluches oubliées, dépareillées. Il faudra attendre, patiemment, que la vieille dame au bonnet de mohair duveteux examine longuement les diamètres de deux fils élastiques, avant de demander un modèle qui n'est plus fabriqué depuis dix ans. Il faudra patienter, encore, lorsque le jeune mercier dissertera des avantages et inconvénients d'un galon à faux poils qui n'a pas exactement la largeur attendue. Pendant ce temps, il est conseillé de se promener en temps anciens, dans les motifs kitschs ou très kitschs des patchs à coudre, les gants en dentelle blanche de Calais et le rayon de chaussettes en laine épaisse, les broches art déco qui attendent un acquéreur depuis près de soixante ans.

- écouter Barbara et Moustaki, Floyd Dixon et The Chick Corea New Trio, Poulenc et Stravinsky.

- courir aux Caves Delambre pour s'offrir un luxe suprême, le travail de R. Leroy si bien dessiné par Etienne Davodeau.

*****

Boeuf sauté et salade tiède de navets à la cacahuète et à la menthe.

DSC_0001

Une autre idée des navets, peut-être, largement inspirée de l'adorable Chant du riz pilé, mêlant recettes et comptines vietnamiennes :

Il faudra : 100 gr de bavette par personne (à convenance), une échalote, une gousse d'ail, un pouce de gingembre, du curry, de la citronnelle, un peu de sucre, un beau navet par personne, des cacahuètes et un bouquet de menthe.

Émincer les navets en lamelles grossières ou en bâtonnets, les blanchir, réserver. Préparer une vinaigrette légèrement sucrée, et y laisser refroidir les navets pendant la préparation de la viande.

Émincer la bavette. Faire revenir à feu moyen vif dans un fond d'huile (1 càs) la gousse d'ail et l'échalote émincées, ajouter la bavette, laisser griller, ajouter 1 càc de curry, 1 càc de citronnelle en poudre, une pincée de sucre, un tiers de verre d'eau, laisser évaporer.

Servir sur un bol de riz la bavette et les navets parsemés de cacahuètes hachées, parsemer de menthe hachée.

Déguster avec une bière très blanche.

****

Si les pommes de Cézanne vous mette en appétit, et que vous les voyez au musée d'Orsay, mieux vaut déjeuner au Cinq Mars qu'au Tabac d'Orsay. Y déguster un thon mi-cuit dont l'espèce varie selon l'arrivage, avec une formidable salade d'herbes, puis une salade d'agrume très subtilement parfumée de fleur d'oranger, par exemple, est une excellente idée.

Si par contre vous souhaitez retrouver deux amies chères dans le premier arrondissement, n'allez surtout pas chez Ebis, on risque de vous mettre dehors sitôt votre plat terminé, et sans ménagement.

****

Edit, post-scriptum du 22 février : Oui, je trouve aussi que la photo de caille est affligeante - mais c'était absolument délicieux, promis.