Il pourrait précéder l'énergie folle d'une Emmanuelle Béart, blondeur exagérée, frêle, l'étrangère à elle-même déclamant avec force du Pirandello. Les poings des acteurs seraient tous serrés, l'articulation du texte et du corps exagérés, jusqu'au déliement progressif des personnages aux voix de pantins, crissantes, vibrantes. "Dans ses bras, je l'ai haï de ne pouvoir être sa chose à lui". Un soir de mars, loin dans Paris.

Il pourrait précéder le raffinement clinquant d'un opéra américain (velours rouge un peu râpé, toile dorée tendue au mur, lustres en forme d'étincelles), et un bouleversement. Nathalie Dessay, gracieuse , virevoltante, jouerait tantôt la fausse gaité, tantôt la tristesse vraie, profonde et digne. Les accents sombres de Violetta, la folie amoureuse d'Alfredo, la rationalité exacerbée de son père. Une robe rouge qui traverse la scène, la ribambelle de masques blancs, yokai impertinents, des larmes de bonheur devant une somptueuse Traviata. Un soir d'avril, ailleurs.

Il pourrait précéder les froissements guindés des soies spectatrices à l'opéra Garnier. Les anémones humaines, les enchevêtrements de chairs qui se perdent et se délient gracieusement, subtilement. La scène de banquet, danseurs alignés goinfres mimes - ce qui n'est pas sans rappeler l'humour de certaines pièces de Jérôme Bel. Les jeux enfantins de Roméo et Juliette et la mort tout de suite, glaçante. Un soir de mai, à Paris.

Il pourrait précéder les excuses molles murmurées à l'égard d'une lectrice très patiente du Monde, qui plierait et déplierait savamment les genoux pour laisser passer une ribambelle d'amis désireux de profiter ensemble de la Chaleur de la Nuit. L'élégance des cravates rayées de Virgil Tibbs, les lunettes improbables du Chief Officer, les couleurs saturées de la cream pie convoitée par l'agent de nuit, le rock'n roll et l'ambiance qui ne l'est pas du tout, au fin fond du Mississipi. Cette semaine, au Reflet Médicis (courez-y !).

Like a New Yorker Hot Dog

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Je ne vous raconterai pas ici comment mon oncle prépare sa choucroute maison (50 kg de chou à choucroute et 1kg5 de sel, et surtout l'indispensable pot à choucroute de Betschdorf que l'on ne peut remiser que dans une cave fraîche). La texture élastique, proche de celle des udons, est sublime. Sans compter l'acidité espiègle et distrayante.

Il faudra :
Pour la cuisson de la choucroute : un poing de choucroute dessalée par personne, un oignon, une belle gousse d'ail, un bon Riesling (si la choucroute n'est pas de production familiale, un Sylvaner suffira) (mais c'est moins bon). Surtout pas de baie de genièvre, sauf lorsque le chou est industriel (et un peu ennuyeux).

Pour le New Yorker hot dog : une saucisse viennoise (mi veau mi porc) par personne, une ficelle à l'ancienne de chez F. Lalos (qui présente une belle acidité et une mie aérienne quoiqu'un peu plus résistante que les traditionnels pains à hot dog), moutarde, raifort et une pointe absolument dispensable de curcuma.

Cuire la choucroute : faire revenir à feu moyen un oignon jusqu'à transparence, ajouter la choucroute, l'ail émincé, du poivre et un bon schluck de vin blanc. (un verre fera l'affaire). Couvrir, laisser cuire une heure.

Le hot dog, un lendemain. Cuire la saucisse (eau frémissante, 7 minutes), préparer une petite vinaigrette : 2 càs de moutarde, 1 càs de raifort, une pointe de curcuma pour la couleur, lier avec un peu d'huile neutre. Dresser le hot dog, servir avec une Brooklyn ale. Un soda serait meurtrier.