Greshka & Camille

Slow Food & Cookery, à Lyon

26 avril 2009

(Before) the electric mist

P1010018
Un repas d'hôpital sponsorisé par Sodexo. (je ne résiste pas)
Miam

Depuis que je n'habite plus P., le quartier latin me manque. Il y a bien l'Institut Lumière, présidé par B. Tavernier, temple des rétrospectives bobo-intellectuelles (en ce moment, Ettore Scola, et avant lui Sidney Lumet ou Akiro Kurosawa). Mais je ne retrouve pas le plaisir des salles presque vides, des films inconnus et un peu ennuyeux : conformisme et légitimité culturelle sont de mise. Jamais ne passeraient dans le même après-midi Quartier Lacan ou Apocalypse Now. Jamais une nuit de films psychédéliques.

(je me demande bien comment je peux ENCORE aller au cinéma dans ces conditions...)*

Dans l'autre chouette ciné de la ville (accusé par l'UGC de concurrence déloyale...), passait le dernier film de B. Tavernier, justement. Celui dont la fin américaine diffère de la version française, ce qui suffit à déclencher un petit frisson snob de satisfaction intellectuelle. In the electric mist. Quelques scènes que j'ai regardées recroquevillée sur le siège molletonné rouge, Tommy Lee Jones à la carrure rassurante, le blues qui rythme l'enquête (c'est tellement important, la musique), le clin d'oeil à Kubrick. Indubitablement un très bon film.

Photo_059

- L'œuf cocotte -

(recette sur le pouce avant une séance)
Pour 2 personnes :
Préchauffer le four à 180°C (thermostat 6), préparer un bain-marie.
Faire tomber une belle poignée de feuilles hachées d'épinards dans un filet d'huile d'olive.
Préparer les ramequins : émietter un petit bout de gorgonzola piquante, ajouter les épinards, poivre, sel, muscade, casser un oeuf.
Cuire au bain-marie 9-10 minutes. Ajouter une pincée de piment d'Espelette et un filet de jus de citron.

*(c'est une blague)



16 avril 2009

Carmen, la Bible et les maquereaux, par hasard.

De la musique, d'abord. Un concert étonnant dans une toute petite salle boulonnaise, un dimanche après-midi. Le pianiste rêveur, tout en longueur et finesse, brise les murmures vagues d'inanités par le prélude en do dièse mineur, de Rachmaninoff. Mes souvenirs de ce morceau ne sont liés qu'à l'interprétation de Lugansky : frappe chirurgicale (du clavier), efficacité mécanique, précision extrême et sans âme. A. L. est tout autre, il laisse le prélude vivre, se déplier dans l'espace sonore, tout en courbes et rondeurs, le regard perdu. Le temps n'est plus que rythmes et phrasés, silences et double-croches. Les pièces se suivent, accompagnent parfois un chant. La Habbanera, l'Air des Bijoux, le duo de Lakmé et Malika : mélodies élégantes interprétées par deux plantureuses chanteuses, l'une un peu kitsch dans sa robe dorée, Carmen peu probable, l'autre contrastant par sa simplicité, magnifique Marguerite aux yeux pétillants de malice -Faust aurait certainement accepté que son héroïne soit un peu diabolique. Le chant est un jeu et le public sourit. Les saluts, les yeux délavés du pianiste et les joues roses des chanteuses, laissent songeur, tandis que quelques spectateurs s'enfuient déjà, gens pressés et détestables, pull à la main et course vers la sortie de la salle. Charme rompu.
Henri Meschonnic était aussi de ces spectateurs du monde dont le départ est douloureux. Je l'avais entendu une fois, lors d'un colloque sur les traductions de la Bible au Musée d'Art et d'Histoire du Judaïsme, un petit musée perdu derrière le Centre Pompidou où j'ai aussi pu écouter André Dussolier lire du Kafka, et une interprétation retentissante de W ou le souvenir d'enfance. (des loisirs sérieux). T. et moi avions préféré à la révision fastidieuse d'un devoir d'histoire  cet après-midi charmant et (un peu) linguistique, où des érudits parlaient aux érudits, de la Tora et de la Septante, de la pertinente traduction du Chant des chants, des curiosités de l'hébreu. De la proximité des termes embrasser et mordre.

(proximité de circonstances, puisque je perdrai demain quelques dents de sagesse)(désopilant)
Deux recettes, à embrasser ou mordre (selon état dentaire)

Des rillettes de maquereau, d'une simplicité exemplaire.

(photo de la recette, bientôt. En attendant, pour se faire une idée, un maquereau :)

408_maquereau

Écraser à la fourchette les précieux filets de la dernière boîte de maquereaux de la Belle-Iloise. Ajouter un demi-chèvre très frais, une pincée de piment d'Espelette, de la ciboulette hachée. (une recette classique, certes, déjà expérimentée ici, et croisée  aussi chez Lilo)
Déguster sur le pouce, avec une petite salade carottes-radis-pomme par exemple.

Un velouté de cocos de Paimpol aux Gambas, un peu comme au réveillon

Photo_021

Faire tremper quelques heures les haricots s'ils sont secs (un demi-verre de haricots par personne me semble une mesure approximative mais correcte). Les faire cuire en partant à froid, dans une eau salée, avec feuille de laurier et gousse d'ail. (je ne compte pas le temps, l'essentiel étant de les oublier à feu doux, pour les retrouver tout à fait moelleux). Faire revenir une ou deux échalottes dans un filet d'huile d'olive, ajouter les haricots cuits, 30 cl de fond de légumes, laisser réduire. Ajouter de la crème fraîche à convenance, mixer.
Faire griller les gambas juste décortiquées et un peu farinées, sel poivre. Verser un trait de balsamique (plus ou moins maladroit).

09 décembre 2008

Gambas sur le rivage. Mura - kap' - mi

crangon_medium1

Il y a quelques semaines, Gracianne m'a défiée : Kap' ou pas? Deux invitations au voyage.

Se voir confier une recette, surtout une recette choyée, c'est toujours délicat. J'avais peur de ne pas être à la hauteur, de ne pas réussir à retrouver la finesse de l'originale, de ne pas savoir composer. L'art de la variation est si fragile.
Des cassolettes de gambas, donc, souvenir d'un Pays Basque que je ne connais qu'en cartes postales.

Les ingrédients:
Les normaux : ail, poivre, crème fraîche.
Les gambas : pas trouvé sur le marché, bien sûr. Une boîte congelée.

Les pas-de-saison-comment-faire :
Les tomates : Arg. Interdiction formelle de toucher une tomate d'Espagne, pas très solidaire, comme agriculture (et pas bon, non plus). Solution potable : la tomate en conserve. J'ai choisi des tomates séchées, dont le goût n'est pas trop sucré, et qui peut se marier avec le poivron.
Le poivron : me pose moins de problème, j'ai jamais vu un poivron français sur les étals. Hop, ni vu ni connu, poivron d'Espagne, dans le cabas. Il avait le goût de poivron, quoi.

Après, il y a les ingrédients basques :

becassine

La ventrèche : un tour dans la seule épicerie basque de Lyon, pas vu, pas pris. Devant les fades jambon de Bayonne de mes charcutiers, j'ai lancé un SOS. Un petit paquet embaumé, certainement préparé un dimanche, à la campagne, est arrivé, le lendemain. Dire que je garde précieusement une adresse sur une enveloppe qui sent le pays basque.
Le piment d'Espelette : nouveau joujou. chocolats chauds, fondants, salades, chat. Tout y passe.

Enfin,
Le cognac : heu. Eh bien. comment dire. J'avais pas. donc basta le goût de flambé, mais je me suis rattrapée sur autre chose (c'est aussi le jeu, hein). Je n'avais pas envie de mettre de whisky (n'importe quoi) ou de rhum (mwof). Encore moins de la bière ambrée d'Allemagne, que je garde précieusement pour le prochain saumon fumé.

Préchauffer le four sur thermostat 6/180° (je sais faire).
Faire revenir rapidement les gambas avec leur carapace dans 1 cs d'huile d'olive, jusqu'à ce qu'elles rosissent. Réserver. J'ai pas fait comme ça, mais presque : j'ai décongelé à l'avance les gambas, les ai déshabillée (NB : les crevettes ne portant pas d'habit, ce terme hautement vernaculaire de la cuisine désigne simplement le fait d'enlever la tête, la carapace et la queue). Si vous voulez faire comme moi (et vous faire mal aux doigts ) : faire revenir les carapaces dans un peu d'huile d'olive, ajouter une feuille de laurier du jardin (de votre grand-mère), un verre d'eau, laisser cuire jusqu'à obtention d'un fond bien parfumé - pas trop longtemps. Faire une petite carapace de farine aux gambas, avant de les faire rosir à feu vif.
Couper le demi poivron et la tomate épépinée en petits cubes. Couper le demi-poivron et l'équivalent d'une tomate en petit cube (attention, bien rincer la tomate séchée si elle est en bocal).
Couper la ventrèche en fins lardons. Fastoche
Décortiquer les gambas et en disposer 4 par cassolette. c'était bien la peine de les déshabiller avant.
Faire revenir rapidement la ventrèche, les dés de tomate et poivron et la gousse d'ail hachée dans l'huile qui a servi à faire revenir les gambas.
Une fois un peu fondu, flamber au cognac (éteindre la hotte). Une fois un peu fondu, ajouter le fond de gambas (pas la peine d'éteindre la hotte, surtout si vous ne l'avez pas allumée)
Ajouter la crème, mélanger. Jusqu'ici, tout va bien.
Ajouter poivre et piment. Sur mon bocal de piment, c'est marqué "remplace le poivre". J'ai longtemps hésité entre les injonctions du bocal et celles de Gracianne, mais vu la qualité médiocre de mon poivre (un vulgaire noir Ducros, même pas de poivres allongés ou de 5 baies dans mon placard, j'ai honte), j'ai préféré faire ce que ma conscience me dictait. J'ai la conscience d'un bocal de piment d'Espelette, donc.
Saler si besoin. Pas besoin, merci. Verser le mélange sur les gambas et enfourner pour une quinzaine de minutes.

Attention, c'est une entrée sérieuse. Il faut avoir un peu marché dans la montagne pour avoir envie de confit de canard à la suite de ça. Mais c'est bon! Tout est vrai. C'est copieux, ça remplit d'émotions gustatives, c'est nouveau. Si vous avez un ami chinois, ça lui plaira, aussi. Après, vous serez bonne à marier.

La prise de vue fut pour le moins cocasse, moi-même montée sur une chaise, pour profiter un peu de la lumière, et mon pote chinois tenant l'assiette en hauteur, tel un Saint Graal. Une seule photo pas trop floue, un peu moche.Un peu sursaturée, en couleurs.

Photo_023

Le vin. Coq rouge, 2007, un petit vin du Languedoc, qui se boit dans l'année. Un petit rouge, pour les plats pimentés. Alors, oui, c'est le vin d'un type qui n'a rien de mignon, et (horreur des horreurs), la bouteille n'est pas fermée par un bouchon de liège. Ni un bouchon tout court.

Photo_017  bucher
Le vin. Jeanne D'Arc au bûcher des hérétiques gastronomiques.

Une idée, assortie à mon stock de ventrèche : des muffins. Demi-rutabaga râpé, càs de Melfor, 1 tout petit chèvre, un petit bout de ventrèche finement émincée et revenue à la poêle. Une belle cuillère de piment d'espelette. c'est bon.

Photo_005

Il me reste à lancer ce défi. C'est plus dur. Parce que j'ai peu de recettes, sur ce blog, en fait. Difficiles à choisir. Et puis, je ne veux pas imposer à quelqu'un de demander de la joue de boeuf, de trouver du cardon hors de Lyon, de faire sa farine de châtaigne, d'investir dans une râpe à Knepfle, ou de trouver des tomates vertes en cette saison.
Qu'à cela ne tienne. Je propose donc, à Lili et aux Chéchés, s'ils le veulent, de faire un minestrone (tout sauf les petits pois est de saison)

minestrone

ou un gâteau à la châtaigne, parce que je l'aime vraiment. Ou une autre recette, s'ils veulent.

Photo_148

« Accueil  1