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Il suffit de suivre la route caillouteuse. Droit vers la mer. L'air iodé rosit les joues, emmêle les cheveux imprudents. La surface lisse du carré de chocolat Soizig est troublée par un alignement mystique, de petits menhirs bien gentiment dressés dans leurs champs de blés. La main caresse les épis, les doigts légèrement écartés au contact piquant. Silex frappés et blés fauchés.
La fine couche cacaotée cède facilement. Le praliné-crumble de blé noir est rustique comme la terre. Les hirondelles en habit de deuil, les dodus moineaux un peu bourgeois, avides des conversations des promeneurs, accompagnent le voyage. Sur la côte, les goélands bavards méprisent les vacanciers venus faire des photos de rochers et de coups de soleil. Difficile pourtant de saisir dans un instantané la beauté du granite bronzé se prélassant au soleil rasant, la calligraphie complexe des nuages pâles, le liseré discret de Belle-île, les embarcations si fragiles au loin qu'une chiquenaude suffirait à les faire chavirer (un peu comme un jeu de billes).
Ce praliné rugueux, c'est aussi les grosses dames aux terrasses. Leur immense glace semble minuscule à l'aune des bras gigantesques, des mollets joufflus et un peu flasques, roses et joyeux. La moue hésitante, elles plongent avec ravissement la cuillère en inox dans la montagne de crème battue, qui cède dans un murmure mousseux. Géantes maternelles aux robes fleuries, odes à la gourmandise.
Le chocolat lisse amoureusement le palais, les dernières notes sont douces comme la fin de la promenade. Le chat de la voisine ose au retour un salut timide, et c'est les mollets couverts de poils blancs que l'on s'enfonce dans les fauteuils moelleux du salon, la tisane chauffant les doigts transis ; derrière les fenêtres les nuages sombres ne sont qu'une lointaine menace

Henri Le Roux - http://www.chocolatleroux.com - 18, rue de Port Maria 56170 QUIBERON
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