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Il a lu, chantonné, ri à côté de moi, sans moi. Regarder le paysage – un cimetière fleuri, perdu dans les champs, si près des rails. Et lire très lentement les titres choisis presque au hasard, feuilleter les journaux du matin, grignoter sans envie les derniers bredele soigneusement emballés. À l'arrêt de Belfort, immensément long à cause du changement de locomotive, le silence se déploie, un peu gêné presque obscène, troublé de froissements plastifiés, de mastications enfantines pleines de mots, du glissement chuintant de la porte du compartiment, du claquement mat de la pluie sur le double vitrage. Regarder mes mains, regarder les autres voyageurs (une dame au pull noir mange son sandwich avec sur les genoux un petit chien blanc qui tend un museau avide - nous en sourions ensemble), ne faire qu'une bouchée des mini calzones anchois, olives, ricotta, en prenant garde de ne pas salir les pages. (je m'amuserais certainement de cette jeune fille au foulard rouge ajusté discrètement au reflet des vitres, qui met en scène son sandwich et le photographie, avant d'en discuter longuement le contenu avec un garçon qui lui ressemble beaucoup)

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J'ai retrouvé avec plaisir la maison si grande, ses enfilades de chambres qui nous abritent toujours, ses moquettes défraîchies longuement foulées (les petits rideaux en popeline blanche que je soulève parfois machinalement pour regarder, nulle part), la cuisine aux grands carreaux jaunes, les mésanges empressées autour du filet de graines grasses. Après des heures recroquevillée sur le fauteuil SNCF au parfum poussiéreux, prolonger encore la lassitude, l'engourdissement du trajet : mollement enfoncée dans la banquette, absorbée par la tasse de thé et les bredele experts de ma grand-mère (au fil des ans, j'ai délaissé les petits losanges en chocolat, pour me concentrer sur les schwäber brötchen et les anis bredele). Avant la tombée de la nuit, promenade en noir et blanc dans la forêt embrumée, une tartine de Leberwurst (prononcer “lavervourchte” en alsacien – c'est une saucisse de foie, mousseuse et parfumée, celle de la boucherie-charcuterie de Saint-Amarin est délicieuse), quelques cornichons aigre-doux et un grand verre de bière blonde.

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Ce sont des jours étranges, à la texture poudreuse comme la neige qui étouffe les pas errants. Des vues sous-marines dans des flaques mornes.

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(pour confectionner 4 mini calzone d'un voyage en train Lyon-Mulhouse - pour 2 voyageurs :

Préparer une pâte à pizza - chacun sa recette, j'ai délégué au frère la confection d'une pâte de 200 gr de farine.

Hacher grossièrement :
- 4 anchois dessalés (un pot d'anchois ligures dormant dans le sel, ferait l'affaire) et vidés
- une grosse gousse d'ail
- une dizaine d'olives demi-sel
- une dizaine de tomates séchées
- 125 gr minimum de ricotta
Former une pâte homogène, goûter et ajuster selon les préférences (nous avons longuement discuté de l'intérêt d'ajouter un peu de ricotta pour adoucir le goût très salé des anchois)
Préchauffer le four à 200°C.
Former quatre pâtons de pizza, les étaler finement, déposer un peu de l'appareil aux anchois au milieu de la pâte, former des chaussons selon votre habileté. Dorer à l'oeuf battu, cuire à 200°C pendant 15 minutes. )

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(PS : J. N. )